InvitésPierre Philippot Professeur de Psychologie clinique, Psychological Sciences Research Institute, Université de Louvain
Contribution des modèles multi-niveaux à la compréhension des relations entre émotion et langage Les émotions jouent un rôle fondamental dans la compréhension du fonctionnement humain. D’une part, elles constituent le principal mécanisme par lequel nous attribuons une signification aux stimuli en fonction de nos buts, besoins et valeurs. D’autre part, elles organisent, à de multiples niveaux (physiologique, expressif, comportemental et social), les réponses que nous apportons à ces stimuli afin de faire face aux défis qu’ils posent. Il n’est dès lors pas surprenant que les émotions orientent, dès la petite enfance, le développement cognitif et social, tout en structurant la mémoire autobiographique et la construction de l’identité. Sur le plan cognitif, au vu de ces tâches, les émotions apparaissent donc nécessairement comme des phénomènes complexes, mobilisant des processus variés qui diffèrent notamment en termes de niveau de conscience, de complexité et d’automaticité. Cette complexité soulève une question centrale : comment articuler les émotions--largement soutenues par des processus automatiques et souvent non conscients--avec le langage, qui relève typiquement de processus conscients et intentionnels ? Jusqu’à quel point le langage peut-il rendre compte de l’expérience émotionnelle ? Dans quelles conditions, et par quels mécanismes, peut-il la moduler ? Ces questions sont au cœur des préoccupations tant des psychologues cliniciens que des psycholinguistes. Dans cette conférence, je présenterai les principales réponses apportées à ces questions par la psychologie des émotions, ainsi que leur évolution vers des modèles cognitifs multi-niveaux des émotions. Je montrerai en particulier comment ces modèles permettent de mieux comprendre les relations entre émotion et langage, en mettant en évidence le rôle déterminant de certaines caractéristiques langagières, telles que le niveau de concrétude ou la dimension imagée de la pensée. Des illustrations cliniques viendront étayer ces propositions.
********** Moïra Mikolajczak Professeure à l'Université de Louvain, Institut de Recherche en Sciences Psychologiques
Compétences émotionnelles et burnout: perspectives individuelle et collective. Le burnout, qu'il soit professionnel ou parental, représente un défi majeur de notre société. Cette présentation mettra en lumière le rôle des compétences émotionnelles comme facteur de réduction du stress et de l'épuisement. En nous appuyant sur les recherches scientifiques menées sur le sujet au cours des deux dernières décennies, nous examinerons les mécanismes émotionnels, cognitifs et biologiques par lesquels compétences influencent la résistance au stress et réduisent le risque de burnout. Nous discuterons également des limites de l'usage de ces compétences et de l'importance du contexte. Cette approche intégrative permettra de dégager des pistes de prévention et d'intervention concrètes, tant au niveau parental qu'organisationnel.
********** Nicolas Gauvrit PhD HDR en Psychologie à l'Université de Lille, PSITEC Lab
Particularités émotionnelles des HPI. On présente souvent les personnes à haut potentiel intellectuel (HPI) comme ayant des spécificités émotionnelles. On parle par exemple de capacités émotionnelles réduites, d'une grande sensibilité ou encore d'une hyperstimulabilité (overexcitability) qui serait la marque des enfants HPI. Dans cette présentation, nous passerons en revue ce que nous savons véritablement de ces particularités supposées, avec un focus particulier sur la question de la sensibilité. ********** Conférence Jeune chercheuse
Mélanie Vy PhD en Psychologie, Laboratoire C2S, Université de Reims Champagne-Ardenne
Penser les liens entre langage et émotions à la lumière des troubles du développement intellectuel Les émotions sont des indicateurs cruciaux de notre bien-être individuel car elles nous renseignent sur l’état de satisfaction de nos besoins, l’avancement de nos objectifs, ou encore la nature des situations auxquelles nous sommes confronté.es. Elles constituent également des indices précieux nous permettant de nous adapter à nos interlocuteur.rices en situation d’interactions, et plus largement dans l’environnement social. La manière dont ces émotions sont traitées par l’individu est déterminée par un certain nombre de compétences, qui s’acquièrent tout au long de l’enfance et de l’adolescence, comme l’identification, l’expression, la compréhension et la régulation des émotions. Dans certaines situations spécifiques, le développement de ces compétences émotionnelles peut être fragilisé : c’est par exemple le cas dans les troubles du développement intellectuel (TDI), qui se définissent par des limitations intellectuelles et adaptatives apparaissant pendant l’enfance ou l’adolescence. Dans cette conférence, je propose d’interroger l’hypothèse centrale selon laquelle le langage joue un rôle capital dans le développement des compétences émotionnelles des jeunes présentant un TDI. A partir de plusieurs travaux empiriques, je présenterai la manière dont les compétences émotionnelles se développent au sein de cette population. J’examinerai ensuite dans quelle mesure les difficultés émotionnelles peuvent être associées à des trajectoires langagières atypiques, en concevant ici le langage comme un outil de raisonnement et de conceptualisation permettant une meilleure compréhension des situations émotionnelles. Dans une perspective socio-constructiviste, les résultats de ces études conduisent également à considérer le rôle du langage comme un outil de communication qui faciliterait les interactions sociales, et donc l’apprentissage socio-émotionnel. Dans l’ensemble, ces travaux invitent à concevoir les difficultés émotionnelles des jeunes avec un TDI non pas seulement comme un déficit de traitement des informations émotionnelles, mais également comme une difficulté à mobiliser le langage pour structurer les expériences émotionnelles. Enfin, je montrerai comment cette réflexion sur les liens entre langage et émotions peut se traduire en contexte clinique, en clôturant cette conférence sur les pistes d’interventions éducatives possibles.
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Nathalie Blanc & Arielle Syssau Professeure en Psychologie à l'Université Paul-Valéry Montpellier, Laboratoire epsylon-LAPECS
La littérature de jeunesse : les émotions du récit comme levier de compréhension des enjeux sociétaux La littérature de jeunesse est un matériel expérimental riche en émotions, émotions qui sont exploitées et mobilisées pour amener les enfants à comprendre la situation exposée. L’intérêt pour les chercheurs en psychologie d’appréhender les émotions présentes dans ces récits fictionnels est multiple : la littérature de jeunesse peut être utilisée i) pour soutenir le développement socio-émotionnel des enfants, ii) pour aborder avec eux des sujets sensibles comme le harcèlement ou le changement climatique, iii) pour favoriser l’entrée dans la lecture et l’appétence pour les activités de compréhension de textes. Cette présentation permettra une plongée dans l’univers de la littérature de jeunesse, avec une attention ciblée sur la façon dont les émotions sont véhiculées dans ces récits. Nous verrons que ce matériel permet de répondre à des questions de recherche diversifiées, au service des enjeux contemporains auxquels la société doit faire face, pour accompagner avec efficacité le développement cognitif et socio-émotionnel des plus jeunes.
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